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La crise du coronavirus et le confinement dans le monde ne sont clairement pas du tout vécus pareils selon les pays. Ayant beaucoup voyagé et connaissant du monde sur tous les continents, je me suis intéressée à la situation. J’ai donc demandé à des amis, connaissances et blogueurs voyages de témoigner pour montrer comment ils le vivaient personnellement et dans leur pays. Et comme on a tous beaucoup de temps, j’ai reçu beaucoup de témoignages que j’ai classés par continent. Vous trouverez plus de 50 témoignages en tout avec le confinement en France, le confinement à Paris et en région parisienne, la crise du coronavirus et le confinement en Asie et en Océanie et la crise du coronavirus en Amérique.

Dans cet article, il y a des témoignages des DOM-TOM avec un couple confiné sur un voilier en Guadeloupe, une famille à Tahiti, mais aussi des témoignages venant de villes et pays d’Europe comme Rome, Barcelone, Lisbonne, Bruxelles, la Suisse, la Finlande. Et enfin, lisez les témoignages venant d’Israël et même de l’île Maurice.

Voici les questions que je leur ai posées :

Présentation : prénom, âge, métier, nationalité, lieu de résidence et lieu de confinement actuel.

Quelles sont les conditions du confinement où vous êtes ?

Avez-vous dû rentrer de voyage ou annuler un voyage ?

Quel est votre métier ? Comment vivez-vous la crise actuelle, comment cela impacte votre vie ?

Comment vivez-vous le confinement ? D’une façon pratique : que faites-vous de vos journées ? et d’une façon psychologique : comment cela vous affecte-t-il moralement ?

Et que pensez-vous du confinement massif en soi ?

Et voici leurs témoignages :



VOIR TOUS MES ARTICLES SUR LA CRISE DU CORONAVIRUS ET LE CONFINEMENT

 

Dajana sur un voilier en Guadeloupe

Dajana a 43 ans, elle est globetrotteuse en voilier à temps plein. Elle est slovaque-suisse, sa dernière résidence était en Suisse avant de devenir nomade. Son site web est Silkap-tour du monde en voilier. Et voici son Instagram. Elle est actuellement confinée sur son voilier en Guadeloupe dans les Caraïbes. Voici son témoignage :

Silkap-voyage-Antilles-Antigua

Moi et mon compagnon voyageons autour du monde à bord de notre voilier. En mars, quand la situation sanitaire devenait préoccupante, nous étions au port de Pointe-à-Pitre, la capitale de la Guadeloupe, pour deux semaines de réparations sur notre voilier.

La Guadeloupe en tant que département français d’outre-mer a suivi les directives de la France. Le lundi 16 mars, tout le monde s’est précipité dans les supermarchés pour faire les stocks de nourriture. Le confinement avec les mêmes contraintes comme en métropole a alors commencé. Nous avons décidé de rester au port car la navigation et toute activité nautique étaient interdites. Même un couvre-feu la nuit a été instauré plus tard.

Nous avons à bord des provisions de nourriture sèche et de conserves pour plusieurs mois faites déjà aux îles Canaries, car aux Antilles tout est plus cher. Il ne manque que les produits frais et pour cela, il y a un petit supermarché dans la marina. Un producteur local a réussi à organiser chaque semaine une livraison de paniers de fruits et légumes locaux grâce à un groupe What’s App.

Un groupe Facebook des navigateurs confinés en Guadeloupe relaye les informations et les conditions dans les mouillages. La police maritime fait des rondes, vérifie les attestations de ceux qui veulent aller à terre avec leurs annexes (bateaux gonflables). Je me suis fait gronder par la police parce que je faisais quelques allers-retours à la nage près du bateau dans le port. L’île est survolée par les hélicos et certains mouillages même par les drones.

Guadeloupe-confinement-2

Tout le monde reste bien enfermé dans son bateau. De toute manière, on ne peut aller nulle part. Et aux Antilles, il fait vraiment très chaud dehors dès le lever du soleil. Nous profitons du luxe qu’un port nous offre : eau et électricité à volonté. Alors nous cuisinons beaucoup, apprenons à faire des conserves de viande pour nos provisions. A part ça, nous lisons, surfons sur internet (un autre gros luxe), travaillons sur notre blog de voyage, prenons du poids. Et nous nous farcissons les chamailleries des politiciens français à la télé.

Nous continuerons notre tour du monde dès que le confinement sera levé. L’urgence pour nous, c’est de descendre au plus vite au sud des Antilles pour nous y mettre à l’abri pour la saison des cyclones. Celle-ci commence bientôt, au mois de juin. Au mois de novembre, nous pourrons remonter et enfin visiter les Antilles, espérons-le.

Toutes les îles antillaises sont paralysées par la crise. Elles vivent principalement du tourisme et celui-ci ne reprendra pas aussi vite. Avant la crise sanitaire, les avions et les bateaux de croisière déversaient des milliers de touristes chaque jour sur chaque île. Les quelques dizaines de cas confirmés sur chaque île (150 en Guadeloupe) grimpera avec l’ouverture. Mais en même temps, l’économie du tourisme flanche. C’est le chien qui se mord la queue. La pauvreté et les prix vont certainement grimper, alors que la vie est déjà bien chère aux Caraïbes.

 

Sylvain en famille à Tahiti

Sylvain a 35 ans. Il est originaire de France, plus précisément du Sud de la France, dans un petit village à côté de Montpellier. Il y a vécu jusqu’en 2009 et il enchaine depuis les îles françaises plus ou moins autour du monde ! Il a un blog de voyage Les deux pieds dehors. Depuis 2015, il a déménagé avec sa femme Mélanie, 35 ans aussi, en Polynésie française où il vit actuellement encore avec son fils de 4 ans. Ils vivent donc leur confinement sur l’île de Tahiti, en plein milieu de l’Océan Pacifique. Voici son témoignage :

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Les choses ont été un peu en décalage par rapport à la France ici il faut dire. Je me rappelle que j’étais sur l’île de Moorea, l’île en face de Tahiti pour le boulot, quand j’ai appris qu’il y avait un premier cas de Covid-19. Le premier cas a été une députée qui rentrait de France, le 11 mars. Et puis petit à petit, les premiers cas ont commencé à arriver, mais on va dire au compte goute. Il y a eu un léger temps de latence avec la France, moins d’une semaine, pour que l’on annonce ici localement le confinement de la population. Malheureusement (ou heureusement), j’étais en arrêt de travail à la maison, après avoir chopé la dengue déjà…

Dès le 20 Mars, le confinement est annoncé avec la fermeture des entreprises et des commerces principaux. Je dois avouer ne pas trop comprendre au début (et c’est toujours le cas) pourquoi tant de commerces/entreprises sont restés ouverts à ce moment-là. Pas mal de choses non essentielles à mes yeux étaient autorisées à ouvrir comme des quincailleries, des vendeurs de voitures, des chocolateries… bizarre. Un système d’attestation est mis en place avec un système de dérogation pour pouvoir sortir en cas de « force majeure ».

La Polynésie a vite pris conscience que la situation pourrait s’aggraver et il a fallu pas mal de temps pour rapatrier tous les touristes bloqués dans les îles éloignées de Tahiti. Une fois à Tahiti, pas mal de touristes ont dû attendre un éventuel avion. Il aura fallu au moins 2 à 3 semaines pour rapatrier tous les touristes vers la France et les autres pays.

La situation de la Polynésie est particulière puisqu’elle dispose d’un statut d’autonomie. C’est l’État (avec le haut-commissaire) qui gère donc le confinement et le système de couvre-feu mis en place fin mars. Le pays lui gère les décisions locales comme la fermeture des écoles, l’arrêt de la vente d’alcool, entre autres.

A partir de fin Mars, nous n’avons plus aucun avion qui ne décolle ni arrive sur le territoire. Les seuls avions qui sont autorisés à venir/partir sont ceux qui partent chercher du matériel médical (directement en Chine) et ceux de la continuité territoriale. En effet, avec la collaboration de l’état, un avion est mis en place tous les 8/10 jours (il me semble) pour aller chercher du matériel médical en France, des vivres et des pièces nécessaires au bon fonctionnement.

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Aujourd’hui à l’heure où j’écris ces quelques lignes, il y a seulement 56 cas confirmés de Covid-19, ce qui reste relativement peu, et seulement une personne en hospitalisation (aucun décès). Donc je dirais que pour l’instant, on est plutôt content d’être en Polynésie quand on voit ce qui se passe dans le reste du monde.

Nous avons réussi à récupérer récemment des tests pour tester plus de monde ici car nous avons du mal à être certain des chiffres qui sont donnés localement. Depuis quelques jours, environ une centaine de personne sont testés par jour, ce qui reste très peu par rapport aux 300 000 habitants que nous sommes ici.

Dans les faits, il y a quand même pas mal d’entreprises qui sont restés ouvertes et pas mal de gens qui ont été placés en télétravail. L’idée véhiculée était aussi de ne pas plomber l’économie locale, ce qui je dois dire est difficile pour le coup.

Comme tout le monde, nous avons été impactés évidemment. Le travail a été le premier impact puisque j’ai personnellement été mis en télétravail dès le début du confinement avec donc l’obligation de rester chez nous et de travailler à la maison ! Ça fait bizarre de ne plus voir personne à vrai dire… Pour ma femme, qui est enceinte de 8 mois, cela ne l’a pas tant impacté que ça, enfin façon de parler, mais disons que ces derniers temps, elles passaient majoritairement son temps à la maison…

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Ce qui nous impacte le plus c’est évidemment de ne pas pouvoir voir du monde, faire des repas avec des potes ou d’aller à la plage le week-end. Ça nous manque ça. Hormis ça, nous avons décidé de n’aller faire les courses qu’une fois tous les 15 jours, pour limiter le risque de contact avec les gens. Je ne peux pas penser qu’à moi, j’ai aussi ma femme, mon fils, et celui qui arrive sous peu ! Ma femme a aussi été impacté personnellement, puisqu’en fin de grossesse, elle doit se rendre couramment à l’hôpital et c’est à chaque fois un peu la peur de choper ce virus. Sans parler du fait qu’elle a, à son tour chopé la dengue. Du coup, enceinte de 8 mois et avec des symptômes qui ressemblent au COVID-19, elle a été obligée de se rendre et de rester 2 jours à l’hôpital. Un passage obligé dans un service Covid avec un test pour elle, certes négatif, mais ce n’était pas drôle.

Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, nous avons eu la chance de sortir du confinement le 29 avril. C’est ça l’avantage d’être indépendant légèrement de la France, on a pu sortir avant. Dès le Lundi 20 avril, un premier déconfinement partiel des îles a été réalisé (hors Tahiti et Moorea) avec certes des règles strictes à respecter mais les îles n’ayant pas été touchées par le virus et où aucun cas n’a été repéré, ont pu reprendre leur « vie normale », au moins aller à la plage, hein !

Depuis le 29 Avril, nous avons seulement eu 2 cas qui se sont déclarés, donc pour l’instant, je dirais qu’on est plutôt épargnés ! Heureusement, les cas n’ont pas explosé et je vais pouvoir personnellement assister à l’accouchement de mon fils, ce qui n’est apparemment pas le cas partout en France (j’avais peur de ça au départ !). On attend maintenant la décision sur la reprise des vols aériens depuis la France ou vers la France, car nous sommes censés rentrer début Juillet en France…je n’y crois plus trop je crois.

Franchement, je dois dire que personnellement, je vis plutôt bien le confinement. Hormis le fait de ne pas voir du monde et de ne pas pouvoir bouger sur l’île de Tahiti, je (on) le gère pas mal. La seule chose c’est qu’on a un peu l’impression d’être coincé sur une île en plein pacifique, ce qui est franchement le cas. Nous n’avons plus d’avion et nous n’avons aucune perspective de quand nous allons pouvoir quitter au moins Tahiti pour aller dans les îles, et encore moins vers la France métropolitaine ou l’étranger.

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Notre quotidien du confinement est plutôt sympa je dois dire. Nous habitons dans la nature, dans une maison sur les hauteurs avec vue sur la mer, donc je pense qu’il y a pire comme conditions de confinement ! Personnellement, je suis en télétravail, donc je travaille sur ce que j’ai à faire même, même s’il faut dire que l’activité est quand même pas mal au ralenti. Ma femme bosse sur le blog, moi aussi quand j’ai le temps ! Notre fils peut jouer dehors dans le jardin et nous sommes vraiment contents pour le coup, vu la situation, de ne plus être en appartement !

Aujourd’hui, on a peu l’impression de voir le bout du tunnel. Cela fait 6 jours que nous n’avons plus aucun cas sur le territoire, malgré une augmentation du nombre de tests, donc c’est très encourageant pour la suite ! On essaye de se détacher quand même des news métropolitaines et de ce matraque médiatique de tout ça, car on devient vire angoissé je pense sinon. Donc, on suit la chose, mais de loin…

À propos du confinement massif en soi, perso, je pense que cela a quand même eu un bel effet positif ici localement même s’il y a eu quelques loupés au début, notamment avec le premier tour des élections. Les gens ont quand même bien joué le jeu je trouve ici sur Tahiti et les résultats sont là, nous n’avons que 55 cas répertorié en tout cas. Sur un petit territoire comme Tahiti, je pense que c’est une bonne solution.

Seul et gros impact négatif évidemment d’un confinement massif, l’impact économique sur les îles. Les gens ne consomment plus localement et pas mal d’entreprises commencent à vraiment tirer la langue. Malheureusement, la Polynésie vit en grande partie du tourisme (international), et on a du mal à voir et à se projeter quant à l’arrivée des prochains touristes. Toutes les entreprises dans ce secteur doivent languir que les choses retournent à la normale. En tout cas, si vous aviez prévu un voyage en Polynésie française, essayez à tout prix de le reporter et de ne pas l’annuler, les entreprises locales en ont besoin !



 

Mélissa à Bruxelles, Belgique

Mélissa a 46 ans, elle est italo-belge, elle habite à Bruxelles où elle est confinée depuis le 14 mars, date de la première vague de mesures. Elle est consultante en communication et rédactrice free lance, elle a aussi un blog de voyages Mel loves travels. Je l’ai rencontrée lors d’un blog trip à Berlin en 2014. Voici son témoignage :

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Mélissa dans le Canton des Grisons, en Suisse

Le confinement, c’est arrivé progressivement. D’abord, on a fermé les cafés, restaurants, lieux de culture, etc. et les magasins (sauf essentiels) le week-end puis deux semaines plus tard, quelques jours après la France, nous sommes entrés en confinement total mais sous un régime un peu moins « militaire » qu’en France, sans devoir se balader avec des « laissez-passer ». Ça se passe plutôt bien, même si on sent un relâchement depuis le week-end de Pâques, le temps commence à se faire long, depuis le 14 mars, il a plu à peine 3 fois (ce qui est quand même exceptionnel pour la Belgique), on a du mal à tenir.

J’avais des projets, qui sont évidement reportés sine die, deux blogtrips reportés, qui pourraient bien être finalement annulés, une conférence reportée à l’année prochaine…

Je suis consultante en com’ et rédactrice freelance du coup, ça ne change pas grand chose à ma routine pendant les heures de travail. Je me lève et j’embraie direct jusqu’en fin d’après-midi. Mais justement, lorsque l’on a annoncé les premières mesures de fermeture des cafés, j’ai pris la nouvelle extrêmement mal. Vu que je suis isolée (célib’, sans relation pour le moment, avec une famille à 50km), c’était mes lieux de socialisation, là où j’allais rencontrer des amis ou tout simplement, prendre un bain d’humanité. Voir tout ce pan de ma vie sociale s’écrouler a été très dur et pendant toute la durée du confinement (on va commencer à le lever en mai), j’ai oscillé entre une grande colère, une immense tristesse et des « highs » bien trop brefs. Sans compter que ma grand-mère est en maison de repos et que je me fais un sang d’encre à son sujet, sur sa santé physique et mentale. Émotionnellement, c’est exténuant. Et je culpabilise, parce que je sais que je ne suis pas à plaindre. Même si mon appartement est petit, j’ai un toit, à manger en suffisance, des amis avec qui faire des visio apéros, je ne connais pas la fatigue d’avoir à télétravailleur et des enfants à surveiller… Bref, c’est un déferlement d’émotions et on y est tou.te.s sujet.te.s.

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Ce que je pense du confinement massif ? Que c’est assez horrible mais malheureusement nécessaire. Tout le monde est à fleur de peau… On voit de seaux gestes d’entraide et de solidarité, le meilleur de l’humanité mais aussi le pire ; l’égoïsme est exacerbé, les inégalités aussi… même le harcèlement de rue est plus présent que d’habitude. Depuis le début, je me demande si le confinement ne va pas finir par faire plus de dégâts que ce foutu virus lui-même. Mais ce qui me fait le plus frémir, c’est que ça va détruire la façon dont nous nous comportons naturellement en société. Je m’en suis aperçue quand j’ai ouvert la porte de chez moi et que j’ai eu un grand mouvement de recul en voyant passer quelqu’un. Comment avoir une vie sociale quand on a peur des autres ? Peur de la contamination, d’un ennemi invisible et qu’on doit se tenir à distance ?

Bref, j’ai l’impression que ce virus nous a volé nos vies. Et j’espère que la science nous les rendra vite.

 

Alexandra et Pierre en Suisse ont du rentrer d’Australie

Alexandra a 37 ans. Avec son mari Pierre, ils sont les fondateurs du blog voyage On holidays again. Ils postent sur le sujet sur leur page Facebook. Ils sont Suisses, habitent en Suisse où il n’y a pas vraiment de confinement. Voici leur témoignage :

Covid Sydney_On holidays again

Pierre et Alexandra doivent quitter l’Australie

Jusqu’à fin 2019, j’ai travaillé pendant plus de 20 ans dans la banque et depuis janvier 2020, je me suis reconvertie (à ma plus grande joie) dans la création de contenu digital.

En Suisse, il n’y a pas de confinement à proprement parler, mais des restrictions strictes comme : garder 2 mètres de distance, ne pas se rassembler à plus de 5 personnes et éviter de sortir si ce n’est pas nécessaire. Pour le moment, les écoles et les commerces jugés non indispensables sont fermés. De nombreux employés continuent à aller travailler, chaque matin, tandis que la fréquence des transports publics a quant à elle diminué.

Aujourd’hui, ça fait 1 mois qu’on est rentrés d’Australie. Nous sommes partis le 23 janvier pour Melbourne et nous devions rentrer de Sydney le 22 avril. À cause des conditions qui se dégradaient en Europe entrainant avec elles la fermeture des frontières et des nombreuses annulations de vols, nous avons dû rentrer dans les plus brefs délais. Ça nous a causé du stress, car la communication était en mode « urgent, c’est la guerre », alors que l’après-midi même on se baladait au bord de la plage…

En soi, en Australie, on réalisait que le virus était présent, car dans les supermarchés les rayons étaient vides, victimes des « panic buy ». Mais dans la rue, les gens étaient zen et se retrouvaient volontiers aux terrasses des cafés et sur les plages. La « cool attitude » des locaux semblait prendre inexorablement le pas sur la peur. C’est un pays qui voit grand dans tout, alors laisser de la distance entre les personnes n’est pas difficile. Même la fermeture de la frontière aux non-résidents ne semblait pas ébranler la population. Ce n’est que lorsque certaines provinces ont fini par fermer certaines des plages qu’on a cru déceler une vraie prise de conscience. Car pour les Australiens, être dehors, faire du sport et se retrouver à la plage, c’est sacré.

Baie de Sydney_on holidays again

La baie de Sydney

Depuis qu’on est rentrés, on est confinés et on sort uniquement pour faire les courses. Je travaille (pour mes clients et pour notre blog), sinon on teste des nouvelles recettes (vu que certains ingrédients sont limités) et on essaye de faire du sport. On lit, regarde des séries… Ça fait du bien de ne plus se maquiller et mettre des habits confortables toute la journée… ;o) ! Enfin, hors vidéoconférence avec les clients, bien sûr…

Être confiné n’est pas un problème pour nous. Même dans notre appartement de 50m2 en ville, on arrive à faire de notre chez nous un vrai petit cocon. La difficulté c’est quand on sort, car malgré tout, il y a des gens qui prennent encore la situation à la légère et ne respectent pas les distances sociales, etc. Par exemple au supermarché, on a vu quelqu’un tousser dans sa main et manipuler des articles qu’il n’allait pas acheter. Donc toi derrière, tu le prends et puis ensuite ? C’est de ce côté-là que c’est plus stressant, être tout le temps sur le qui-vive.

Étant donné que j’ai un membre de ma famille qui est en état sérieux à l’hôpital à cause du virus, je pense que le confinement massif est nécessaire. Il ne faut pas oublier que l’ennemi n’est pas le confinement, mais le virus, qui lui, sévit toujours. Et surtout, une fois qu’on pourra sortir, comment allons-nous vivre sans nous méfier ? On est très curieux de comment l’année 2020 va se dérouler.



 

Céline en Finlande

Céline « approche la quarantaine (sans mauvais jeu de mot) mais chut faut pas le dire !!! haha » comme elle dit. Elle est Française et même si elle vit plusieurs mois par an en Finlande, son pays de résidence est toujours la France. Elle est auteure du blog Je papote et elle publie régulièrement des stories de son quotidien sur son compte instagram. Elle est actuellement en Finlande tout au nord du pays avec son compagnon ou le confinement n’est pas vraiment strict. Voici son témoignage :

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J’ai plusieurs activités : je suis freelance en marketing mais aussi co-gérante d’une agence de voyage. Je propose des séjours en Laponie durant les mois d’hiver. Je vis donc plusieurs mois par an dans le nord de la Finlande. Avec mon compagnon, nous avons terminé notre saison à la mi-mars et sommes restés en Finlande au vue de la situation avec le COVID-19.

Il n’y a pas de confinement strict comme c’est le cas en France. Ici on peut sortir tout en prenant des précautions. On a une densité de population très basse donc on peu facilement sortir sans croiser du monde. Personnellement je fais super attention et je me limite à de petites sorties dans la nature. Je ne fais pas de grands trajets et je ne vais pas dans les grandes villes pour éviter le monde.

A la base je devais rentrer en France début mai mais l’aéroport le plus proche est fermé. Il y aura des vols à partir du 1er juillet. Je pourrais rentrer en allant à un autre aéroport si vraiment je le voulais mais finalement, je suis mieux ici clairement.

J’ai deux activités : je gère une agence de voyage avec mon compagnon. Heureusement, notre saison s’est terminée juste au moment du confinement en France. Il n’y a donc pas eu vraiment d’impact. On s’inquiète pour l’hiver prochain mais on a le temps de voir venir.

A coté de cela, je suis freelance en webmarketing et aussi blogueuse voyage. J’ai perdu quelques clients (principalement des clients dans le secteur du tourisme) mais je continue de travailler. Là où je perds vraiment des revenus c’est au niveau du blog puisque tous les projets ont été annulés et la fréquentation du blog en a pris un coup.

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La Laponie

Ici je peux sortir donc j’arrive à m’aérer un minimum. Mais globalement cela ne me change pas grand chose car je travaille de la maison et pendant l’hiver je sors peu au final. Par contre, l’arrivée du printemps était synonyme de voyages, de sorties et tout est compromis maintenant. Ne pas avoir de projet en tête est un peu difficile à vivre moralement mais franchement, je ne peux pas me plaindre de ma situation. J’ai du boulot, un toit pour vivre et la possibilité de sortir.

Au sujet du confinement massif en soi, c’est difficile de prendre position sur ce type de question, cette pandémie c’est du jamais vu et je ne pensais pas que cela prendrait de telles proportions. J’ai l’impression que le confinement massif est nécessaire pour stopper la propagation mais tant qu’il n’y aura pas de vaccin, j’ai bien peur que la reprise d’une vie normale soit difficile, ou du moins on aura toujours la crainte que cela recommence et quand on bosse dans le tourisme, c’est assez inquiétant pour l’avenir proche.

 

Laura à Barcelone en Espagne

Laura a 33 ans, elle est Française résidente à Barcelone depuis quelques années. Elle est responsable social Media. Elle est actuellement confinée chez elle avec son copain à Barcelone. Je l’ai rencontrée lors d’un blog trip à Berlin en 2014 et je l’ai revue en novembre 2018, la dernière fois que j’ai visité Barcelone. Voici son témoignage :

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Laura en Jordanie

Je suis confinée à la maison dans mon appartement avec mon copain. Un appartement de 60m2 avec une belle terrasse avec vue sur la Sagrada Familia. Il y a pire comme lieu de confinement. On a de l’espace et on peut profiter du soleil. On a emménagé dans cet appartement mi-décembre; excellent timing car avant on vivait dans un 30m2 ! Le confinement à Barcelone et plus largement en Espagne est strict. On sort seulement une fois par semaine en bas de notre immeuble pour faire des courses au supermarché. Ces derniers jours, les règles se sont un peu assouplies : les enfants ont eu le droit de sortir (1h par jour, accompagnés d’un seul parent). A partir de début mai, le jogging sera autorisé (ce n’était pas le cas jusqu’à présent, contrairement à la France). Fin avril, le gouvernement a annoncé un déconfinement progressif jusqu’à cet été, au rythme variable selon les provinces, avec la possibilité de faire marche arrière si le nombre de  morts quotidien revenait à augmenter.

On a eu énormément de chance car on avait prévu depuis plusieurs mois un voyage en Jordanie du 5 au 15 mars. On a donc pu profiter de notre séjour juste avant que tout s’accélère et que les Etats mettent en place des mesures strictes. On a pris notre avion retour comme prévu; le lendemain l’aéroport d’Amman fermait et l’Espagne entrait en confinement ! Nous avions prévu d’aller voir la sœur de mon copain près de Montpellier en avril, ça n’a évidemment pas été possible. Jusqu’à récemment nous avions encore de l’espoir quant à nos autres projets à venir entre mai et août (plusieurs voyages dans divers pays d’Europe liés à des évènements avec nos proches – anniversaires, enterrement de vie de garçon, mariage, réunion de famille…), mais on réalise désormais que rien de tout cela n’aura lieu. On le prend avec philosophie, ce n’est que partie remise, la santé est plus importante.

En tant que responsable des réseaux sociaux pour une agence de voyage, je suis fortement impactée. Une des priorités actuelles de l’entreprise est évidemment le service après vente. Mon équipe et moi même avons donc reçu des formations pour porter assistance aux clients. Mes tâches quotidiennes ont donc beaucoup changé. J’ai également dû m’habituer à travailler depuis chez moi, ce qui est assez inconfortable car nous n’avons pas de bureau, ni même une table de hauteur normale (seulement une table basse et une table haute avec tabourets de bar). Mon copain travaille aussi de la maison, on essaie donc de varier entre le canapé, la table haute où on peut travailler debout, etc. Heureusement, même si mon entreprise a vraiment su s’adapter vite et bien au travail à distance. Les collaborateurs ont immédiatement eu accès à des outils, des conseils et du soutien pour, d’une part, continuer leur travail au quotidien, et d’autre part maintenir autant que possible les moments de sociabilité entre collègues, qui aident beaucoup à rester motivés (pause café virtuelles, etc.)

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Terrasse avec vue sur la sagrada familia

Je garde mon rythme hebdomadaire habituel grâce au télétravail mais étant en chômage partiel j’ai aussi un peu plus de temps « libre ». J’en profite pour cuisiner, je n’ai jamais autant cuisiné de ma vie ! Je fais aussi beaucoup de sport : les live de Sissy tous les jours, et du yoga avec une copine prof 2 fois par semaine. Le soir et le weekend, on profite de notre terrasse, un fait un peu de jardinage, on bouquine, on regarde des films ou des séries, on appelle la famille et les amis… Au niveau du moral, globalement je tiens bien le coup. Je considère que j’ai beaucoup de chance d’être avec mon copain; pour les personnes seules ou avec de jeunes enfants ça doit être une autre histoire. On a un appart agréable, avec un extérieur; on a encore tous les 2 nos jobs… donc on n’est pas à plaindre. On est du genre à sortir et voyager énormément, à avoir une vie sociale bien remplie : finalement ça nous fait aussi du bien de ralentir le rythme. Forcément, il y a des jours où on trouve le temps long, où le moral est plus bas, etc. Mais comme dans la vie « normale » finalement !

J’ai l’impression que le confinement massif est la bonne chose à faire. Sachant que les gouvernements et scientifiques avaient connaissance du virus bien avant mars, je pense aussi que le confinement aurait pu arriver au moins 2 semaines plus tôt pour éviter une telle ampleur du nombre de contaminés et décès. Il faut être responsable et citoyen. On nous demande simplement de rester chez nous quelques semaines. Il y a pire comme obligation ! Aujourd’hui, et même si cela ne remplace pas le contact humain, on a la chance de pouvoir être ouvert sur le monde, se divertir à la maison, et garder le contact avec nos proches donc il faut juste être un peu patient. Forcément, les conséquences économiques de telles mesures vont être inédites et difficiles. J’essaie de vivre le moment présent et de ne pas trop penser à l’après. J’espère au moins que cet épisode sans précédent amènera les citoyens et les dirigeants à repenser les valeurs qui guident nos sociétés, et ouvrira davantage de réflexions sur la place du vivant, nos façons de consommer, etc.



 

Sophia à Lisbonne au Portugal

Sophia a 44 ans, elle est Française mais résidente au Portugal. Voici son compte instagram : @leeloosophia. Je l’ai rencontrée au festival de Cannes et elle m’a hébergée chez elle durant les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Je l’ai ensuite revu à Lisbonne il y a deux ans puisque c’est là qu’elle habite maintenant. Elle est confinée dans sa maison tout près de Lisbonne à Amora. Voici son témoignage :

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Sophia à Lisbonne

Je ne peux pas faire une généralité, car pour moi je le vis plutôt bien ce confinement. J’ai toujours mon emploi, donc je travaille depuis chez moi, ce que je souhaitais déjà depuis un moment. Du coup j’ai toujours un salaire et de quoi me nourrir. Je suis dans une maison avec une petite terrasse. Franchement je ne suis pas à plaindre. Voir les amis c’est ce qui me manque le plus je dirais et les balades en forêt du dimanche aussi.

Les conditions sont pour moi parfaites. Je profite plus de mon chez moi, de mon petit jardin et de mes animaux. Travailler depuis la Maison est pour moi un luxe que je recherchais depuis longtemps. Les 3h de transport tous les jours ne me manquent surtout pas.
Voyages : effectivement j’ai du annuler mon voyage à Lyon. Ma ville d’origine où je ne suis pas allée depuis 3 ans déjà. Ce fut une grande tristesse.

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Job: Facilitie Manager actuellement, et comédienne en stand by. Ce confinement n’a pas perturbé mon travail casse-croute mais a terriblement affecté ma passion de tourner. Je ne sais pas d’ailleurs si un jour j’en aurais la possibilité. En tout cas je ne vois rien dans ce sens pour 2020. Comment va-t-on pouvoir jouer des scènes? Cela me semble impossible.

Perso je ne m’ennuie pas puisque je travaille et puis surtout j’ai maintenant plus de temps pour apprendre à jouer du piano, à jardiner, à cuisiner des plats qui prennent plus de temps, à bronzer 😉

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Desserts vegan qui m’ont fait prendre des kilos

Le confinement est une très bonne solution, pour les casaniers c’est plutôt apprécié. Pour les autres j’imagine que c’est plus compliqué. Il est évident qu’il faut que l’on retrouve une vie plus normale mais cela sera possible si tout le monde respecte le port du masque et la distance sociale, ce qui n’est malheureusement pas encore bien compris ici au Portugal.

 

Mathieu à Rome en Italie

Mathieu a 44 ans, il est Français, installé à Rome depuis l’automne 2019 et il y est donc confiné. Il est auteur et producteur de contenu. Il a un blog voyage Les voyages de Mat où il a publié une chronique de confinement très détaillée à Rome. Il a aussi écrit un livre sur son voyage à pieds à travers la France que vous pouvez commander ici: La diagonale du vide, un voyage exotique en France. Voici son témoignage:

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Mat globe trotter

Je vis avec ma compagne et son petit garçon (présent avec nous une semaine sur deux) dans une petite maison avec jardin dans le quartier de la Magliana, au sud de Rome. On partage la maison avec un couple ce qui fait qu’on a un semblant de vie sociale. Et au bout du jardin, nous avons accès au Tibre, ce qui nous permet d’aller pêcher avec Fabio, de respirer un bon coup et d’être au contact de la nature et « hors des murs ».

Pour les voyages, on est plutôt à prévoir au dernier moment et nous n’avions donc pas vraiment de plans de voyages lorsque le confinement est arrivé. Par contre, on envisageait un séjour long aux Philippines où la famille de ma compagne vit pour l’été ou l’automne… Ça ne nous semble pas envisageable avant… On ne sait pas. On verra. Probablement que ce sera l’Italie à la place…

J’ai toujours gravité entre le voyage et le conseil et j’ai lancé mon blog lesvoyagesdemat.com à l’occasion d’un long voyage en France dont j’ai tiré un livre. Depuis deux ans, c’est ma principale (mais heureusement pas la seule) source de revenu et j’envisageais de tourner cette page en 2020 lorsque le confinement est arrivé. J’ai pris cette période plutôt comme une manière de mieux me préparer à l’après, peaufiner ma stratégie, réfléchir à ce que je voulais vraiment. Revenir dans le domaine du conseil était une option et j’ai suivi beaucoup de formations sur des sujets autour du webmarketing les premières semaines du confinement. Par la suite, on a petit à petit compris que la France était en train de devenir furieusement à la mode et je me suis dit que c‘était peut-être le moment de remettre un coup de projecteur sur mon livre et d’appliquer tout ce que j’avais appris les semaines précédentes. Bien m’en a pris : j’ai vendu 200 livres en 15 jours.
Les gens ont besoin de s’évader de leur quotidien et peut-être aussi de préparer leurs prochaines vacances en France, si possible pas trop près de leurs congénères parce que tout le monde flippe un peu. Ayant traversé les endroits les moins peuplés de France, j’imagine qu’ils y voient tout un tas de destinations potentielles… Voici une vidéo qui présente le livre:

 

Le confinement ne s’est pas trop mal passé. Au début, j’ai tenu au jour le jour un journal de quarantaine sur mon blog et l’exercice m’occupait pas mal. L’Italie avait une grosse semaine d’avance sur la France, je parlais à mes lecteurs depuis leur futur et c’était intéressant. Rapidement ça m’a plombé, entre le nombre de morts, les tentatives de récupérations de tous bords, le cynisme des milieux d’affaire… Je me suis recentré sur moi et sur mes projets. J’ai suivi et donné des formations, fait un travail de fond sur mon blog, écrit, amélioré ma stratégie marketing… Je sentais que j’avais une fenêtre de tir pour vendre des livres et ça m’a pas mal tenu (et encore en ce moment) en haleine. Ça, la pâtisserie et la construction d’une cabane dans les arbres au bord de la rivière, ça m’a bien occupé. On a fait aussi de la musique avec ma chérie.

D’un point de vue psychologique, ça dépendait un peu des jours. Ce qui est difficile, je trouve, c’est l’incertitude totale dans laquelle nous évoluons. Ne pas avoir d’horizon précis en terme de dates, ne pas savoir lors du fameux « jour d’après » quels seront les secteurs qui vont redémarrer et donc sur lesquels parier, comment va évoluer le tourisme, à quoi ressemblera le monde quand on sortira, n’être capable de compter sur rien… Moi qui envisageais de monter quelque chose à Rome autour du tourisme, là je ne sais plus trop.

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Les rues de Rome désertes

Je me contente de me focaliser sur le présent : je vends un paquet de livres pour le moment. Depuis lundi on peut sortir sans montrer de papiers … Pour le reste, pas de plans sur la comète.
Il faut avouer que le moral est particulièrement dépendant de la météo. Quand il fait beau et qu’on peut mettre un peu le nez dehors sur la terrasse ou dans le jardin, ça va. Quand il fait moche et qu’il faut rester cloîtrés, j’avoue que c’est moins facile, surtout à trois dans une petite maison avec un garçon de 8 ans… La promiscuité rend dingue et trois personnes dans trois pièces différentes avec le casque sur les oreilles, ça crée une drôle d’atmosphère…
Je suis vraiment content de pouvoir ressortir sans avoir à montrer patte blanche ! On va pouvoir aller se faire un grand tour de vélo, ça va nous dérouiller !



 

Jonathan en Israël

Jonathan a 39 ans. Il est né en France mais il vit à présent en Israël depuis quelques années. Il est guide touristique et voici sa page Facebook Yoni le guide et son instagram où il publie des posts très intéressants « vu de ma fenêtre » spécial confinement. Je l’ai rencontré lors du festival de Cannes et on s’est revus à Paris notamment autour de notre passion commune qui est le cinéma. Il est actuellement confiné chez lui à Jérusalem. Voici son témoignage :

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Jonathan dans le désert du Negev dans le sud d’Israel

Je vis seul dans un 2 pièces, je m’estime heureux. Je devais faire un voyage en tant que guide en Pologne en mars, et je devais y accompagner une école française mais le voyage a été annulé.

Je suis actuellement au chômage mais j’en profite pour essayer de me détendre. Je suis confiant vis à vis du pays, ils gèrent bien la crise, il y a du matériel et les hôpitaux suivent le rythme.

Je vis le confinement plutôt bien, j’en profite pour réviser mes circuits et mettre à jour mes dossiers de guide.

D’une façon pratique, j’alterne entre le sport, la culture (j’aime beaucoup le cinéma), j’étudie (lecture), je me suis même mis à la cuisine -pas le choix lol- et j’ai aussi eu l’idée de faire des posts insta et facebook sur l’histoire de ce que je vois de ma fenêtre, ça m’amuse et ça m’oblige à continuer à publier 😉

 

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« Vu de ma fenêtre » épisode 5 Méa Shéarim 5ième quartier construit en dehors des murailles de Jerusalem, Méa Shéarim fut établit en 1874. Les premiers quartiers n’étaient pas éloignés de plus d’un kilomètre pour permettre aux Juifs de s’y déplacer pendant le shabat (photo 2). A l’origine, ce quartier était constitué d’appartements formant une cour intérieure et les portes fermaient le soir (photo 3). Inauguré la semaine de la paracha Toldot (lecture hebdomadaire de la Torah), les fondateurs s’inspirèrent du verset de Genese 26; 12 « Isaac fit des semailles dans ce pays et cette année là il moissonna le centuple ». Méa Shéarim pourrait signifier 100 portes mais ici l’expression correspond à une mesure. Le quartier ne comportait lui que 6 portes… Il s’est bien sûr agrandit avec les années, pendant lesquelles s’y sont installés beaucoup de haredim / juifs ultra-orthodoxes. Majoritairement originaires d’Europe de l’est, on trouve principalement des « hassidim » (mouvement fondé au 18ièm siècle, inspiré des enseignements du Baal Shem Tov) de plusieurs groupes : Breslev, Toldot Aharon, Satmar, etc. Le film comique Ushpizin y a été tourné, je vous le recommande d’ailleurs (photo 4) 😉 S’y promener revient aujourd’hui à parcourir un vieux shtetl (village Juif d’Europe de l’est) du 19ièm siècle, où les dernières technologies n’ont pas (encore ?) franchi les murs… #stayhome #restezchezvous #jerusalem #israel #visitevirtuelle #frenchhill #amazingview #culture #découverte #histoire #judaisme

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Et d’une façon psychologique, au début j’étais un peu anxieux mais en Israël on commence à voir le bout du tunnel (nous sommes au tout début des mesures de déconfinement) donc on espère que ça va se calmer. Le pays a été classé le plus sûr au monde face au corona par le magazine Forbes entre autres donc ça rassure.

À propos du confinement massif en soi ? Je pense que c’est ce qu’il fallait faire dans l’attente d’une meilleure stratégie (dépistage rapide et massif, vaccin, etc.) afin de protéger nos aînés et d’éviter d’engorger les hôpitaux.

J’aimerais préciser aussi qu’Israël a été l’un des pays les plus réactifs : annulation des vols en provenance de l’étranger très tôt, fermeture des frontières, certains quartiers « rouges » totalement bloqués et même des interdictions de sortir de chez soi pendant plus de 24 heures pendant les fêtes juives pour ne pas que les gens aillent les uns chez les autres. La population est hyper obéissante (quasiment tout le pays passe par un service militaire obligatoire – c’est surement lié) et le pays a -malheureusement- l’habitude des situations d’urgence où tout va très vite. Assez efficace pour le coup.

Mise à jour du 7 Mai : on est officiellement sortis du confinement (nous pouvons voyager sans limitation de durée ou de lieu), les magasins ont réouvert, avec cependant quelques limitations comme le masque obligatoire et les distances sociales à respecter. Dans quelques jours ouvriront (si tout va bien) les centres commerciaux, les bars, restaurants, cinémas, etc. Les vols depuis et vers les pays « sécurisés » sont également en négociation. Ils attendent de voir si la tendance est toujours à la baisse. Je précise que la température est prise généralement avant notre entrée dans les supermarchés et magasins par ex.

 

Sylvestre à l’île Maurice

Sylvestre a 38 ans, il est Français de Forcalquier, Alpes de Haute Provence (home of le Pastis Henri Bardouin !). Il est ex-tourdumondiste en cargo et maintenant entrepreneur. Voici son instagram @SlyBridges. Je l’ai rencontré dans une auberge à Oulan Bator lors de mon voyage en Mongolie en 2010. Il habite à l’Ile Maurice depuis 1 an, au milieu de l’océan indien. C’est là qu’il est confiné actuellement. Voici son témoignage :

on_va_chercher_du_gaz

Le pays s’est mis en ordre de marche assez tôt. De retour d’un trip en Malaisie début Février, on m’a pris la température à la sortie de l’avion à Maurice (comme à tout le monde). Étant en provenance d’un pays « à risque » à ce moment-là, j’ai été suivi par l’équipe de sécurité sanitaire de Maurice qui est ensuite venu me prendre la température par deux fois directement à la maison dans les semaines qui ont suivi mon retour.

Le premier cas de Coronavirus s’est déclaré à Maurice le 18 mars. Le 20 Mars le pays fermait ses frontières et imposait un confinement à la maison pour tout le monde. Pendant quelques jours, les Mauriciens et résidents étaient toujours autorisés à rentrer au pays mais devait se conformer à une mise en quarantaine dans un des centres de l’île pendant 15 jours. Ensuite et depuis un mois, plus aucun vol à destination de l’Ile Maurice, mis à part quelques-uns de rapatriement. Nous sommes isolés du reste du monde ! Heureusement le port industriel de Port Louis (la capitale) est toujours en opérations et charge/décharge les containeurs chaque jour.

L’annonce du « lockdown » a créé un mouvement de panique vers les supermarchés, ce qui a conduit le gouvernement à immédiatement renforcer le confinement… en interdisant de sortir tout court, même pour faire des courses ! Tous les commerces et supermarchés ont fermé, l’île s’est mise en pause. Cette décision musclée a duré une semaine, un peu chaotique, surtout chez la partie de la population la plus pauvre qui n’avait pas forcément pu faire des provisions et/ou attendait la fin du mois pour recevoir leur salaire. Le gouvernement a alors mis en place la livraison de paniers de denrées de base par les supermarchés (les plus pauvres se faisant livrer les paniers gratuitement).

Après cela, les choses sont rentrées dans l’ordre petit à petit, on peut maintenant sortir faire ses courses deux fois par semaine (les jours sont en fonction de la première lettre du nom de famille). Il y a aussi eu un rush sur les bouteilles de gaz. Bien évidemment, c’est à ce moment qu’on est tombé en panne de gaz ! Après deux essais manqués, nous avons fini par trouver une station-service avec des bonbonnes pleines et avons pu récupérer la nôtre après une heure de queue.

En parallèle de cela, l’économie plus ou moins formelle s’organise sur Facebook et What’s App et le secteur des livraisons à domicile explose (on peut même se faire livrer ses produits d’entretien pour la piscine maintenant !).

Au final, d’un point de vue sanitaire, je trouve que le pays s’en sort très bien à ce stade. Le confinement semble avoir porté ses fruits. Presque plus de nouveaux cas n’ont été détectés depuis deux semaines et seulement 2 cas encore actifs. Cependant le déconfinement a été repoussé au 1er juin. Une situation semblable aux autres îles de l’océan indien, la Réunion, les Seychelles, et Madagascar voient aussi leur nombre de cas baisser. L’avantage de notre insularité, j’imagine.  L’île a aussi bénéficié de plusieurs donations d’équipement médical, notamment de Jack Ma (PDG d’Alibaba) et de l’Inde. Le gouvernement a aussi organisé un pont aérien entre l’île et Pékin pour le rapatriement de matériel médical supplémentaire.

D’un point de vue économique, l’impact sur l’ile va être brutal. Le gouvernement a lancé des programmes de soutien prenant à charge une partie des salaires pendant la période de confinement. Mais pour une ile très dépendante du tourisme et isolée au milieu de l’océan indien, le coronavirus va laisser de lourdes séquelles pendant plusieurs années je pense. Les premiers dominos vacillent. Pas plus tard qu’hier, la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, représentant 40% du trafic de et vers l’île et déjà pas trop en point ces dernières années, vient d’être mise sous administration volontaire pour essayer de sauver ce qui peut l’être.

On avait prévu de passer 2 mois en Europe sur Avril-Juin pour voir la famille et les amis en France et aux Pays-Bas, faire un semi-marathon à Dubrovnik et faire un grand tour des Balkan où nous ne sommes jamais allés. Better luck next time ? Bon, je n’étais pas du tout prêt pour ce semi-marathon (jamais couru de ma vie, ma femme m’a forcé !!), faut voir le bon côté des choses 😀

On a deux chats et avions trouvé un couple de « cats sitters » (oui oui, ça existe !) enchantés à l’idée de passer 2 mois à Maurice pendant que nous étions en vadrouille… et bah non, sorry.

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Je suis co-fondateur d’une petite startup, Parseur.com. A mes heures perdues, je monte un site pour aider les expats qui ont la bougeotte comme nous à trouver leur prochaine destination : where2move.io.

Ma vie de tous les jours est moins impactée que la plupart des gens. Je travaillais déjà depuis chez moi avant la crise. On a aussi la chance d’avoir une maison avec un petit bout de jardin et d’extérieur pour continuer à profiter du soleil. Ça aide !

L’ile Maurice est très dépendante de ses imports. Pour le moment tout va bien, on n’a pas noté de problème pour se ravitailler, mais c’est quelque chose auquel on fait attention. Du coup, on a commencé à planter des légumes, mais c’est la course entre les oiseaux, les escargots et nous a qui les mangera les premiers. Il faut qu’on améliore notre dispositif !

Même si je continue à travailler de chez moi comme avant, je dois dire que je suis moins productif avec tout ce qui se passe en ce moment. Mon business est aussi impacté et on commence à noter les effets de la crise économique chez nos clients depuis avril. Cela dit, on n’est pas encore en mode panique et plutôt chanceux jusqu’à présent par rapport à une grande majorité des business je pense.

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Plage de bain boeuf, île Maurice

Moralement, pas toujours facile de se dire que la belle plage de Bain Bœuf est à 5 minutes à pied de chez nous mais qu’on doit encore patienter avec de pouvoir y retourner. De la même manière, on sera content de pouvoir retourner à nos restos favoris et « notre » pub et ses pub Quizz du vendredi.

En attendant, on fait des puzzles, on prépare des rhums arrangés passion et de l’Aqua de Valencia pour Pâques et on organise des apéros et quizz sur Zoom ou HouseParty 😉

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Agua de Valencia

Le confinement massif en soi ? Je ne suis ni épidémiologiste, ni médecin, donc mon avis n’a vraiment pas d’importance. D’autant que pour dire la vérité j’ai du mal à avoir un avis tranché. D’ailleurs, d’une manière générale j’admire les personnes, notamment sur les réseaux sociaux, qui ont un avis très tranché sur ces sujets complexes alors qu’ils sont tout aussi non-experts que moi J

Si je compare ce qu’il se passe à Maurice (confinement strict, insularité) vs en France ou Europe (confinement plus relax, mouvements des personnes plus importants), je serais tenté de conclure que le confinement massif porte ses fruits. De même, je pense que le port de masques, sans être la panacée, semble être un facteur pour contenir la propagation.

Cependant, les impacts économiques (et donc sur la population) sur le long terme vont être très importants, et je ne saurais dire si le confinement massif est la meilleure (moins pire ?) des solutions par rapports aux autres options : ne rien faire ne semble pas correct, mais faire des tests massifs, ou faire des confinements partiels sont des pistes tentées par d’autres pays.

L’avenir et le retour sur expérience de cette crise nous le dira j’imagine ! En attendant, prenons nos précautions et notre mal en patience en rêvant à nos prochains voyages ou au moins à un retour à un peu plus de normalité 🙂

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