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Autour du lac Balaton en Hongrie. Où aller et que faire en une semaine?

En 1954, un film de William Brown sort. Son nom, Casino Royale. Barry Nelson y joue un certain James Bond, un espion qui doit contrer un méchant qui se fait appeler « Le Chiffre ». Cela vous rappelle quelque chose ? C’est tout à fait normal, car le film de Martin Campbell sorti en 2006 est un remake du tout premier James Bond, souvent considéré comme un hors-série tant l’intrigue est balbutiante et le film ne tient pas ses promesses en tant que socle d’une saga devenue légendaire.

Pourtant, le Casino Royale de notre époque est sans conteste l’une des James Bond les plus acclamés par la critique et le public. Marquant un véritable tournant dans la saga, il inaugure un retour aux sources que les fans de la série attendaient depuis des décennies. Loin des lieux insolites où l’espion aime aller, ici, le cœur du film reste dans une seule et même pièce.

James Bond, c’est avant tout l’histoire d’un agent de la couronne anglaise en prise avec des super-méchants. Une sorte de super-héros ami avec des armes. C’est en tout cas ce que les derniers épisodes avant Casino Royale laissaient suggérer. Des explosions, des bagarres à n’en plus finir, des intrigues binaires, 007 était devenu une saga à blockbuster comme les autres avec des suites. Mention spéciale aux films de Pierce Brosnan.

S’ils sont amusants à regarder, ils ne retranscrivent absolument pas l’ambiance des James Bond précédents. Avec Casino Royale, on revient donc non seulement à la base de la franchise avec une intrigue basée sur l’intellect plus que les muscles, mais surtout, le film revient à la base du cinéma au travers de sa double intrigue.

L’imaginaire de l’espionnage tout entier a été influencé par cette saga. Photo par Clard

 

Une continuité avec les plus anciens

L’ambiance des années 50 n’est donc pas ce qui fait de ce James Bond un film hommage à la littérature ou au cinéma, non, c’est bien la partie de Poker qui transforme ce film. Car au travers de ce médium, c’est bien toute l’intrigue qui y est développée. La partie de poker n’est que le prisme, le catalyseur du jeu de la vie et de la mort qui circule à cette table.

Le vocabulaire du jeu mythique y est d’ailleurs régulièrement déployé comme une métaphore de l’affrontement qui se reflète sur la table. Quand 007 perd, ce n’est pas la partie qui l’enrage, c’est bien cette lutte contre le chiffre qui cesse. Heureusement, un agent de la CIA le remet au cœur de la mission, au centre de la table de poker. Cette intégration de l’intrigue au travers d’un jeu ou d’un événement plus petit est un des piliers de la narration depuis l’antiquité.

En reprenant ce schéma, Campbell et son film reviennent à la base même de la création de la tragédie.

James Bond et tragédie antique ? Un sacré mélange me direz-vous et pourtant, c’est bien tout l’enjeu de ce film. Le principe de la tragédie antique est multiple. Si l’on peut retenir la force du destin qui contrecarre les actions des hommes, un pan qui ne nous intéresse pas ici, on peut surtout déceler la marque d’un plus grand dessein dans les « petites » actions des hommes. Prenons un des classiques de la littérature tragique les plus connus : Antigone.

Fille d’Oedipe, Antigone veut enterrer son frère malgré l’interdiction du roi. Elle finira par le faire et payer son audace de sa vie. Ici, l’enterrement d’un homme et la lutte de sa sœur pour sa dignité ne sont que les catalyseurs d’un problème plus global. La loi tyrannique et son absurdité. Au travers d’un geste simple, d’une intrigue qui pourrait concerner toutes les familles, Sophocle, tragédien de légende, dépeint la société tout entière et le joug de la loi parfois incompréhensible pour les citoyens.

 

Le sort du monde se joue sur une table de poker

Dans Casino Royale, c’est la partie de poker qui représente la lutte de deux camps pour une mise. Qu’elle soit monétaire sur la table de jeu ou que ce soit le monde en dehors de ce microcosme où évoluent les protagonistes de l’histoire.

Avec ce genre d’intrigue, Campbell est revenu à une période bénie du cinéma, les années 50.  Photo par Skitterphoto

 

Cette construction de l’intrigue est aussi vieille que très utilisée dans les années 50 au cinéma. Douze Hommes en colère traite ainsi de la justice en société au travers de la délibération d’un seul cas. Ce procédé de zoom sur un événement pour en illustrer sa portée est typique de la construction classique des histoires.

Et même si le propre de la narration est justement de glisser de l’universel dans une histoire particulière, le procédé ici est double. Casino Royale, en tant que film, dépeint une situation particulière pour s’ouvrir vers un message universel, comme toutes les œuvres. Mais en plus, à l’intérieur même de celle-ci, ce procédé est en place. La table de poker dépeint le monde du film qui lui-même dépeint le monde réel.

Un procédé assez basique sur le papier, mais terriblement difficile à mettre en scène sans ennuyer les spectateurs. Alors quand en plus ce prisme est aussi réduit qu’une partie de poker ou qu’un objet comme dans Citizen Kane, cela tient presque du génie.

 

Un exercice difficile et fastidieux

Casino Royale reprend donc une trame bien plus classique en termes de narration. Classique, certes, mais terriblement compliqué à scénariser et mettre en scène. Le franc succès du film et de Skyfall laisse espérer que les studios comprendront que pour faire un film avec du sens, il faut y mettre plus de temps et de moyens. 

La franchise qui avait sombré dans les films d’action à grand budget dans les années 2000 reprend donc du coffre et de sa superbe. Une excellente nouvelle pour les fans de l’agent pas si secret le plus connu de la planète.

Article invité. 

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