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Plaza Altamira (Plaza Francia) à Caracas

Il n’est pas vraiment facile de voyager au Venezuela, notamment à cause des problèmes de sécurité ou plutôt d’insécurité, ce que j’explique dans mon article précédent sur mon expérience : Voyage au Venezuela et sécurité. Mais tout cela est notamment lié aux problèmes économiques du pays. Voici les principaux problèmes que vous risquez de rencontrer si vous voyagez là-bas et quelques conseils basés sur mon expérience.

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L’argent: marché noir, dévaluation et inflation

Le Venezuela connait actuellement une énorme dévaluation de sa monnaie. C’est d’ailleurs un avantage incroyable pour y voyager en ce moment, c’est un des pays les moins chers du monde et votre voyage ne vous coutera quasiment rien, si vous ne vous faites pas piquer toutes vos affaires et tout votre argent bien sûr. Pour changer son argent, ça se passe au marché noir. Pensez bien à retirer des devises étrangères avant d’arriver au Venezuela, de préférence des dollars, c’est là que vous obtiendrez le meilleur taux de change, mais les euros fonctionnent bien aussi et dans le Sud du pays, à la frontière avec le Brésil, ce sont les réals. J’imagine que ça marche bien avec les pesos colombiens aussi. Et faites donc très attention en cachant votre argent dans plein d’endroits différents ayant toujours une petite somme avec vous en cas d’agression, car les voleurs le savent : si vous êtes étranger, vous avez beaucoup de cash sur vous.

Quoiqu’il arrive, ne retirez jamais de sous au distributeur. Quand j’y étais en avril 2014, le taux officiel était de 6,28 bolivars pour 1 US Dollar (voir le site xe.com) et le taux au marché au marché noir était de 65 bolivars pour 1 USD environ, plus de 10 fois plus. Mon pouvoir d’achat était donc multiplié par 10. Pour vérifier le taux « officiel » du marché noir qui change un peu tous les jours, j’utilisais toujours le compte twitter @DolarToday. Quand vous changez de l’argent, comptez environ 5 bolivars plus bas. En général DolarToday affichait 1USD = 65 bolivars et je changeais mon dollar pour 60, et 1 Euro pour 80 bolivars, ce qui est très correct. Mais aujourd’hui je viens de regarder le nouveau taux, c’est 174 bolivars pour 1 USD et plus de 200 bolivars pour 1 Euro, complètement hallucinant, je ne sais pas comment ils font. Et sachez que le billet le plus gros est un billet de 100 bolivars, soit 50 centimes d’euro. Bref, il faut être discret tout en ayant un sacré gros paquet de billets sur soi ! En tout cas, comme vous le voyez, l’inflation est énorme et les prix changent du jour au lendemain, donc le montant que je vous indique ici peut avoir changé demain, donc regardez bien sur Dolar Today le jour-même ou vous voulez changer de l’argent.

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Assemblée nationale à Caracas

Pour changer de l’argent, je l’ai toujours fait avec des gens de confiance : des amis Vénézuéliens chez qui j’étais à Caracas ou avec les responsables d’hôtels par exemple. Certains Vénézuéliens veulent partir et mettre de l’argent de côté. Leur monnaie n’ayant aucune valeur, ils sont obligés d’économiser des devises étrangères, ça les arrange donc de vous les échanger honnêtement. D’autres partent en voyage aux États-Unis, au Panama ou n’importe où à l’étranger et ont donc le même intérêt. Un ami m’a dit qu’il avait échangé à l’aéroport sans problème, mais j’ai entendu d’autres histoires comme des vols et mêmes des enlèvements, l’aéroport n’est pas un endroit sûr du tout. On m’a fortement déconseillé d’échanger de l’argent dans les rues de Caracas autour de l’assemblée nationale près de la place Bolivar. Même si les taux qu’on vous annonce semblent très attractifs ; on m’a dit qu’après vous avoir échangé votre argent, vous avez de fortes chances d’être braqué au coin de la rue suivante. Je n’ai pas tenté le coup !

Et pour vous donner une idée, je suis restée au Venezuela six semaines en tout, et j’ai dépensé 500 USD et 100 euros en incluant tout (au jour d’aujourd’hui, faire la même chose me coûterait environ trois fois moins cher normalement). Et même si je suis restée chez des amis à Caracas, le reste du temps, j’ai dormi à l’hôtel en chambre seule (environ 200 bolivars par nuit dans une guest house), mangé au restaurant tous les jours (entre 100 et 150 Bs un plat avec jus de fruits frais). Les transports ne coûtent presque rien puisque l’essence est quasi-gratuite même pour les locaux, car le pays est très riche en pétrole. Mon transport le plus cher a été un billet d’avion de Caracas à Ciudad Bolivar soit 1000 kilomètres pour moins de 1000 Bs (15 euros pour moi à l’époque). Et mon budget total inclut aussi des ballades dans le parc national Morrocoy pendant la semaine sainte (prix très élevés par rapport à d’habitude et au reste du pays) et le trek de 6 jours pour l’ascension du Roraima qui m’a coûté 200 US Dollars. Mais avec l’inflation, les prix peuvent être totalement différents aujourd’hui.

Alors si cela est une aubaine pour les touristes, vous imaginez bien dans quelle misère vivent les Vénézuéliens pour qui la vie est hors de prix.

 

La pénurie de produits

Avant d’aller au Venezuela, j’avais pas mal communiqué avec une fille américaine qui voyageait au Venezuela depuis plusieurs semaines avec son petit ami, elle m’a dit que parfois les supermarchés étaient vides et de surtout ramener du papier toilettes. Ça peut paraître hallucinant mais oui au Venezuela, il n’y avait pas de papier hygiénique pendant un bon moment. J’ai donc ramené deux rouleaux de PQ de Trinidad. J’ai en effet vu des gens à l’aéroport avec des cargaisons hallucinantes de couches, des gens dans la rue revendre des dentifrices venus du Brésil au marché noir. Ça paraît complètement inconcevable mais c’est comme cela que vivent les gens au Venezuela en ce moment. J’avais acheté tous les produits dont j’aurais besoin à Trinidad avant de partir, comme shampoing, savon, dentifrice, etc. Une fois sur place, on trouvait tout de même ces produits, mais on voyait bien que c’était restreint. Au dessus des déodorants, il était écrit « un seul par personne », j’ai aussi vu des rayons de supermarché totalement vides.

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Mes hôtes à Caracas m’expliquaient qu’avant, on avait le choix des marques, maintenant on ne trouve plus qu’une seule sorte de chaque produit au mieux.
Ils faisaient notamment des ravitaillements dès qu’un produit qu’ils voulaient était disponible et stockaient chez eux plus d’une dizaine de leur produit vaisselle préféré, plein de dentifrices et des dizaines de rouleaux de PQ. Mais le plus gros problème était le manque de « harina pan » la farine de mais pour faire les arepas, le plat vénézuélien le plus typique et le plus consommé, et le manque de lait, notamment pour les parents ayant des enfants en bas âge. Si le produit est disponible, sa valeur avait été multipliée par xxx, bref hors de prix pour les locaux.

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Il faut aussi faire la queue tout le temps. Les gens attendent des heures pour acheter les produits de base comme de la farine, des pâtes ou du riz.

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La queue devant un supermarché à Ciudad Bolivar

Voici un article en espagnol qui explique assez simplement pourquoi il n’y a pas de papier toilette et les problèmes d’économie au Venezuela. Je n’y connais pas grand-chose en économie, mais j’ai trouvé cet article instructif : Por que Venezuela no tiene papel higienico ?

 

Les manifestations contre le gouvernement

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Fresque avec Hugo Chavez dans le quartier des Beaux Arts

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Banderole: « Venezuela: nous pensons diféremment mais nous avons tous les mêmes problèmes: insécurité, pénurie, chômage, santé, etc. La lutte est celle de tous »

Tous les problèmes cités précédemment entraînent la pauvreté du peuple et la pénurie de produits basiques, bref de grandes révoltes ont lieu dans quasiment tout le pays. Lorsque j’y étais en avril, cela faisait déjà plusieurs mois qu’il y avait des manifs contre le gouvernement de Maduro, successeur de Chavez.

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Ce sont plutôt les étudiants qui se révoltent. La plupart des gens dehors m’ont fortement déconseillé d’aller au Venezuela et lorsque j’y étais, on m’a bien dit d’éviter Caracas, mais pour moi c’était impossible de visiter le Venezuela sans visiter la capitale, en plus je passais forcément par là. De plus, même si je ne suis pas journaliste de formation, j’ai ce petit côté très curieux de savoir ce qui se passe et de voir de mes propres yeux ce dont j’entends parler. Pour moi, voyager, ce n’est pas seulement voir la beauté des paysages, j’aime savoir comment vivent les gens, comprendre ce qu’ils ressentent, connaître leur culture, leurs problèmes, leur histoire et leur actualité.

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J’ai donc passé une semaine entière à Caracas chez des amis, qui ont beaucoup partagé avec moi leurs idées de Chavez et m’ont expliqué l’histoire du Venezuela de A à Z. Cela m’a beaucoup appris et éclairé sur le sujet.

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Après deux jours de visites des musées de Caracas, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir les manifestations aussi. Si quelque chose se passe là où je suis, je veux donc aller voir. Je ne pouvais pas être si près et ignorer ce qui se passait. Ces manifestations avaient lieu dans un quartier riche et habituellement sûr de Caracas: Altamira. J’y ai vu des étudiants pacifistes arrêter les voitures et couper les routes pour sensibiliser les automobilistes qui passaient.

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Une autre fois, je voulais aller au centre commercial qu’on m’avait conseillé dans le quartier de Chacao… mais là c’était barricade et bombes lacrymogènes qui se préparaient, j’étais avec une amie, j’ai pris quelques photos puis on est parties, le métro avait été fermé à cause de cela, on a donc pris le bus. Forcément, je ne me suis jamais attardée bien longtemps à ces endroits.

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Alors que je m’apprêtais à quitter Caracas après une dizaine de jours dans la capitale, mon chauffeur de taxi m’a dit avant de me déposer à la gare routière  « Au Venezuela, les seuls frigos pleins sont ceux de la morgue ». Une phrase un peu choc qui résume bien la situation du Venezuela : manque de produits alimentaires et abondance de violence.



Par Emilyz

Voyageuse cinéphile et réalisatrice, Emily parcourt le monde et partage ses voyages à travers des documentaires, des photos et des articles sur son blog.
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8 Commentaires

  • damagnez

    Répondre

    Bonjour;

    Ton article est intéressant mais la partie concernant le taux parralèle ne reflète pas la réalité. J’habite à Caracas depuis 15 mois et depuis ton voyage les prix ont triplé. Voyager aujourd hui au Vénézuela est abordable et compliqué et pas si bon marché. les prix grimpent sans cesse et jusqu’au dernier moment le prix que tu as payé lors de la résa peut être revu à la hausse. Dans beaucoup d’endroit comme Canaima ou Los Roques, et pour beaucoup de produits, les prix sont aujourd’hui dollarisés et donc dire que c’est un des pays du monde le moins cher pour voyager me semble au jour d’aujourd’hui trés inexact.

    Bonne continuation !
    alix


    • Mais je suis entièrement d’accord avec toi, lis bien l’article. Et c’est bien ce que je dis dans mon article, que les prix augmentent sans cesse, mais le taux parallèle aussi, ça change tout le temps, c’est pour ça qu’il faut vérifier. Et en effet, Canaima et Los Roques sont les endroits les plus chers du Venezuela; d’ailleurs je n’y suis pas allée.
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  • Ricardo

    Répondre

    Salut, salut les globe-trotteurs aujourd’hui 17/07/2016, je suis Ricardo et j’habite à Marseille, tout juste rentré de ce merveilleux pays qui est le Venezuela d’ou je viens de passer les 2 derniers mois! Parti initialement pour un séjour de 3 semaines, j’ai prolongé mon séjour au fur et a mesure des rencontres et des découvertes uniques y magiques! Conseil : En vacances je ne fais pas de politique, je me concentre a m’amuser et découvrir lieux et personnes (les filles les plus belles du monde et au grand cœur) impossible de passer a côté la beauté est par tout dans ce pays qu’a vu naître Francisco de Miranda, Simon Bolivar, Pablo Nerouda, Hugo Chavez et l’actuel président au grand coeur Nicolas Maduro qu’offre des maisons et appârtements a ses habitants les plus pauvres et qui préfére distribuer la richésse qui génére son pétrole à son peuple que le mettre dans les poches des amerloques ou la bourgoisie qui vous rempli la tête y les reseaux sociaux des fausses infos pour vous dégouter du Venezuela (n’écoutez pas). Vous découvrirez également deux magnifiques Golfs aux proximités de Caracas, un super réseaux de métro totalement gratuit, vous pouvez faire le plain de votre voiture de location avec moins de 1 euro pour 60 litres d’essence, déguster les fameuses Arepas qui sont juste une merveille culinaire pour vos papilles aguerris, la musique que vous fera danser au riptme du son des caraïbes. Vous profiterez des belles plages ‘les plus belles du monde sur l’ile de marguerita, les montagnes de carabobo, le plus grand téléferique du monde Mukunbari en Mérida que vous portera jusqu’au point le plus haut de la Amérique latine (pic bolivar) que si situe a plus de 4500 métres. Vous vous laisserez perdre comme moi dans ses forêts quasi impénétrables, voyager au bords des pirogues sur les rivières qui serpentent les plus beaux cites naturel du monde qu’abritent faune y flore amazonienne y parcs naturels. Je ne vous dirais pas plus découvrez par vous même et méfiez vous des fausses propagandes et des discours fabriqués pour renforcer le des-prestige des politiques socialistes en bénéfice des gros capitales y les grosses corporations qui dominent le monde et notre France chérie au détriment du travailleur et des biens sociaux qui nous avons si durement obtenue. La lutte du peuple du Venezuela est en quelques mots celle de David contre Goliath ce dénier étant les Etats unis d’Amérique qui pour obtenir du pétrole attaquent et détruisent impunément depuis des années Irak, Syrie, Libye, etc. Vivez, Voyagez, Vive Venezuela!!


    • Très bien Ricardo, contente que le Venezuela t’ait plut; mais il ne faudrait pas non plus fermer les yeux. Le Venezuela reste un des pays les plus dangereux du monde. Et l’essence n’est pas chère, en effet c’est génial, mais ça ne nourrit pas le peuple qui crève de faim et manque absolument de tout en ce moment! Si tu as rencontré tous ces gens géniaux comme moi et discuté avec eux, tu as bien du te rendre compte que la majorité d’entre eux n’ont qu’une envie: c’est de quitter le pays!


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